Surfaces, linéaires, volumes, comptages : la méthode pour faire un métré à partir des plans et du CCTP, poser une minute de métré propre et éviter les erreurs qui faussent un prix.
Par Antoine Matras — Fondateur de REDACT BTP, 10 ans d'expérience en gros œuvre
Faire un métré BTP consiste à relever, ouvrage par ouvrage et dans l'ordre du CCTP, chaque quantité sur les plans : longueurs, largeurs et hauteurs mesurées à l'échelle ou lues sur les cotes, multipliées dans une minute de métré qui garde le détail de chaque calcul, puis totalisées dans l'unité du poste (m², ml, m³, unité). Les règles de déduction et les conventions de mesure sont fixées une fois pour toutes avant de commencer.
Un métré juste ne dépend pas d'un logiciel, mais d'une méthode : savoir quoi mesurer, dans quelle unité, avec quelles conventions, et garder la trace de chaque calcul pour pouvoir le vérifier. C'est ce qui permet de chiffrer un lot sans mauvaise surprise, de contrôler une DPGF fournie par la maîtrise d'œuvre, ou de justifier une quantité devant un client. Voici la méthode, étape par étape.
Un métré se fait avec le CCTP ouvert à côté des plans. Le CCTP dit ce qu'il faut réaliser et où : chaque article donne une localisation (« sanitaires du RDC », « ensemble des circulations ») qui indique quelles pièces mesurer. Sans lui, on mesure ce qui est dessiné, pas ce qui est demandé.
Côté plans, il faut les plans de niveaux pour les surfaces et les longueurs, les coupes pour les hauteurs, et les plans techniques (structure, fluides) pour ce que l'architecture ne montre pas : linteaux, trémies, réservations. En réhabilitation, ajoutez les plans d'état des lieux pour distinguer ce qui est conservé, démoli ou créé. Vérifiez enfin l'échelle de chaque plan dans le cartouche, et recoupez-la sur une cote connue.
Chaque ouvrage se mesure dans l'unité de son poste. Une erreur d'unité est la plus coûteuse de toutes, parce qu'elle fausse le prix d'un facteur entier.
| Unité | Ouvrages concernés | Ce qu'on mesure |
|---|---|---|
| m² | Cloisons, enduits, revêtements de sol et de mur, peinture, couverture, dallages | Longueur × hauteur, ou surface de la pièce |
| ml | Plinthes, chaînages, linteaux, faîtages, gouttières, réseaux | Longueur développée |
| m³ | Terrassements, béton de fondations, voiles et dalles épaisses | Longueur × largeur × hauteur |
| u | Portes, fenêtres, appareils sanitaires, regards, équipements | Nombre d'éléments |
| kg | Aciers d'armature, charpente métallique | Poids, d'après les plans ou un ratio |
| ens / ft | Installations de chantier, prestations globales | Pas de quantité : contenu à vérifier |
Les écarts entre deux métrés du même projet viennent rarement d'une faute de calcul ; ils viennent de conventions différentes. Il faut donc les fixer avant de commencer : longueurs de murs mesurées à l'axe, au nu intérieur ou au nu extérieur ; hauteurs prises sous plafond ou de plancher à plancher ; angles et jonctions comptés une seule fois.
Les règles de déduction des vides sont les plus sensibles : faut-il retirer les baies et les trémies de la surface d'un mur ou d'un plancher, et à partir de quelle taille ? Le CCTP les fixe souvent ; certaines normes et DTU en proposent ; à défaut, ce sont les usages du métier. Notez la règle retenue en tête du métré : c'est elle qu'on vous demandera en cas de désaccord.
Suivez l'ordre des articles du CCTP, ou celui de la DPGF quand elle existe : chaque quantité se retrouve alors directement en face de son poste. À l'intérieur d'un article, mesurez niveau par niveau, puis pièce par pièce, toujours dans le même sens de lecture du plan, pour ne rien oublier ni compter deux fois.
Utilisez en priorité les cotes écrites sur les plans, puis les surfaces portées dans les étiquettes de pièces, et ne mesurez à la règle qu'en dernier recours. Une cote écrite est la donnée de l'architecte ; une mesure sur un plan imprimé ou un PDF hérite de toutes les imprécisions de l'impression et de l'échelle.
La minute de métré est le tableau qui garde chaque calcul : désignation, localisation, nombre, dimensions, quantité partielle et total. Elle n'est pas un luxe : c'est elle qui permet de vérifier un chiffre trois semaines plus tard, de répondre à une question de la maîtrise d'œuvre, ou de reprendre un métré après une modification de plan.
Exemple pour une cloison de 2,50 m de haut, avec une règle qui déduit les portes :
| Localisation | Nb | Long. | Haut. | Quantité |
|---|---|---|---|---|
| R+1 — salle de bains | 1 | 3,20 | 2,50 | 8,00 m² |
| R+1 — chambre 1 | 1 | 4,10 | 2,50 | 10,25 m² |
| À déduire : porte chambre 1 | −1 | 0,83 | 2,04 | −1,69 m² |
| Total cloison | 16,56 m² |
Un article de CCTP décrit souvent plus que son titre. « Murs en agglos de 20 cm, y compris chaînages, raidisseurs et enduit deux faces » contient quatre ouvrages : le mur, les chaînages en mètres linéaires, les raidisseurs comptés selon l'espacement prévu, et l'enduit, dont la surface vaut deux fois celle du mur. Si ces ouvrages induits n'ont pas de poste propre, ils doivent être métrés quand même et intégrés au prix du poste principal.
Même chose pour ce qui est dessiné sans être décrit : bouchements, carottages, chevêtres, réservations. Un passage des plans « à l'envers », à la recherche de ce qui n'a pas encore de quantité, évite ces oublis.
Le métré donne des quantités nettes, celles de l'ouvrage fini. Les chutes, pertes à la pose, recouvrements et foisonnement des terres ne s'ajoutent pas à la quantité : ils se traitent dans le prix unitaire ou dans un coefficient propre au poste. Mélanger les deux fausse la comparaison avec la DPGF et fait payer deux fois la même marge de sécurité.
Pour les aciers, quand les plans de ferraillage ne sont pas fournis au stade de la consultation, on travaille par ratio en kilos par mètre cube de béton, à adapter à chaque type d'ouvrage. Indiquez-le clairement dans la minute : c'est une estimation, pas un métré.
Un métré se vérifie par recoupement. La somme des surfaces de sol doit approcher la surface de plancher du projet ; le linéaire de plinthes doit être cohérent avec le périmètre des pièces moins les portes ; le nombre de portes du métré doit correspondre au tableau des menuiseries. Un écart sur un recoupement signale presque toujours une pièce oubliée ou comptée deux fois.
Confrontez enfin les plans d'architecte et les plans techniques : c'est là que se cachent les écarts les plus coûteux, quand un linteau, une trémie ou un plancher n'est pas représenté de la même façon sur les deux. Si vous vérifiez une DPGF fournie, le même travail fait apparaître les postes sous-estimés et les ouvrages sans poste.
Sur un lot de second œuvre d'une maison individuelle, un métré complet prend quelques heures. Sur un gros œuvre de bâtiment collectif ou une réhabilitation avec plans d'état des lieux, il se compte en jours. Les logiciels de métré sur plan accélèrent la prise de mesure, mais pas la lecture du CCTP ni la confrontation des plans.
C'est ce travail-là que REDACT BTP va automatiser avec ses modules de métré, bientôt disponibles : le DPGF contrôleur, qui confronte une DPGF au CCTP et aux plans, puis le métré complet, qui établit les quantités du lot à partir des plans en PDF, DWG ou DXF, avec le calcul et la source de chaque quantité.
Le métré est le travail de mesure et de calcul ; le quantitatif est son résultat, présenté poste par poste avec une quantité et une unité. La minute de métré fait le lien entre les deux : elle garde le détail de chaque calcul qui a produit les quantités du quantitatif.
Multipliez la longueur du mur par sa hauteur, en appliquant la convention retenue (sous plafond ou de plancher à plancher), puis déduisez les ouvertures selon la règle fixée par le CCTP. Si l'enduit est prévu sur les deux faces, la surface à enduire vaut deux fois celle du mur.
Cela dépend de la règle de métré applicable : le CCTP la précise souvent, certaines normes et DTU en proposent, et à défaut ce sont les usages du métier qui s'appliquent. L'essentiel est de fixer la règle avant de commencer, de l'indiquer en tête du métré et de l'appliquer partout de la même façon.
Oui, si les plans sont vectoriels et à l'échelle : on s'appuie sur les cotes, les étiquettes de pièces et l'échelle du cartouche, en la recoupant sur une cote connue. Les fichiers DWG ou DXF de l'architecte donnent la géométrie exacte et sont plus fiables qu'un PDF scanné.