Ouvrages induits par le CCTP, quantités à vérifier sur les plans, plans d'architecte contre plans techniques, ouvrages sans poste : comment contrôler une DPGF avant de remettre un prix global et forfaitaire.
Par Antoine Matras — Fondateur de REDACT BTP, 10 ans d'expérience en gros œuvre
Contrôler une DPGF consiste à rapprocher chaque poste de son article du CCTP, à relever les ouvrages que le CCTP inclut sans les détailler (« y compris… »), à vérifier les quantités sur les plans en confrontant plans d'architecte et plans techniques, puis à lister les ouvrages dessinés qui n'ont aucun poste. Chaque écart non résolu devient une question à poser à la maîtrise d'œuvre avant la date limite.
Dans un marché à prix global et forfaitaire, le prix que vous remettez couvre l'ouvrage décrit au dossier, pas les quantités écrites dans la DPGF. Si une quantité est fausse, ou si un ouvrage décrit au CCTP n'a pas de poste, l'écart est en principe pour vous. Sur un lot gros œuvre que nous avons contrôlé, on trouvait des murs comptés 25 % en dessous des plans, des linteaux dessinés sur les plans de structure sans longueur ni poste clair, et des « y compris » qui ajoutaient enduits, coffrages et aciers à des postes affichés comme simples. Voici la méthode, en six étapes, pour contrôler une DPGF avant de chiffrer.
La décomposition du prix global et forfaitaire (DPGF) est un cadre fourni par la maîtrise d'œuvre pour que toutes les offres soient présentées de la même façon. Elle n'est pas un métré garanti. Le CCTP décrit ce que vous devez réaliser, les plans montrent où et combien ; la DPGF n'en est qu'une traduction, établie parfois à une autre phase du projet ou par une autre personne que celle qui a dessiné les plans.
C'est la grande différence avec un marché à prix unitaires et son détail quantitatif estimatif (DQE), où les quantités réellement exécutées sont payées. Au forfait, une quantité sous-estimée ou un ouvrage oublié ne se rattrape pas en cours de chantier, sauf modification du programme par le maître d'ouvrage. Le contrôle doit donc se faire avant la remise de l'offre, pendant la période où les questions sont encore possibles.
Première vérification : chaque poste de la DPGF doit renvoyer à un article du CCTP, et chaque article du CCTP qui décrit un ouvrage doit avoir au moins un poste. Quand la DPGF porte une colonne de références reprenant la numérotation du CCTP, le rapprochement est direct. Sinon, il se fait par la désignation, et c'est là que les écarts apparaissent.
Deux anomalies sortent de cet exercice : les postes orphelins, sans article qui les décrive (vous ne savez pas exactement ce que vous chiffrez), et les articles sans poste (l'ouvrage est dû mais nulle part où le chiffrer). Un écart d'épaisseur, de classe de matériau ou de résistance entre le titre de l'article et son texte fait aussi partie des incohérences à relever.
C'est la vérification la plus rentable. La DPGF indique « Murs en agglos de 20 cm », le CCTP précise « y compris raidisseurs, chaînages, enduit deux faces, arasement et calfeutrements ». Chacun de ces ouvrages induits a un coût, et aucun n'a de ligne propre dans la DPGF : il faut les intégrer dans le prix unitaire du mur.
Pour ne pas les sous-estimer, il faut les quantifier comme de vrais postes : l'enduit deux faces représente deux fois la surface du mur, les chaînages se comptent en mètres linéaires à chaque niveau, les raidisseurs se déduisent des longueurs de mur et de l'espacement prévu par le CCTP ou les règles de l'art. Une fois chiffrés en sous-lignes, ils sont réintégrés dans le prix du poste principal.
| Poste DPGF | Ouvrage induit (CCTP) | Quantité à prévoir |
|---|---|---|
| Mur agglos 20 cm — 120 m² | Enduit deux faces | 240 m² |
| Mur agglos 20 cm — 120 m² | Chaînage horizontal en tête | Linéaire de mur par niveau |
| Arasement béton — 5,3 ml | Coffrage de la tête de mur deux faces | 2 × 0,20 × 5,3 = 2,12 m² |
| Arasement béton — 5,3 ml | Aciers scellés tous les 0,50 m | 2 × 11 = 22 u |
Le CCTP donne la localisation de chaque ouvrage : « cage d'ascenseur », « sanitaires du RDC », « ensemble des circulations ». C'est elle qui dit où chercher sur les plans. Les surfaces portées dans les étiquettes de pièces, les cotes et l'échelle permettent ensuite de recalculer la quantité : surface de sol, linéaire de plinthe, surface de mur sur la hauteur sous plafond, nombre de portes ou de linteaux.
Les postes au forfait (ensemble, forfait, pour mémoire) ne se vérifient pas en quantité, mais leur contenu doit correspondre à ce que décrivent le CCTP et les plans. Pour les autres, un écart de quelques pour cent relève de la méthode de métré ; au-delà de 15 à 20 %, il faut comprendre d'où il vient avant de chiffrer : hauteur retenue, embrasures, niveau oublié, existant à conserver compté comme neuf.
Les plans d'architecte et les plans de structure, de fluides ou d'électricité ne sont pas toujours établis au même indice ni à la même date. Comparer les deux, niveau par niveau, fait apparaître des écarts qui ne se voient sur aucun des deux pris seul : un linteau dessiné sur le plan de structure et absent du plan d'architecte, une trémie de dimensions différentes, un plancher conservé d'un côté et refait de l'autre, des réservations qui n'apparaissent que sur le plan des fluides.
Quand les deux sources divergent, retenez la plus défavorable pour vous protéger dans le chiffrage, et posez la question. Sur un lot gros œuvre en réhabilitation, c'est souvent sur cette confrontation que se jouent les écarts les plus coûteux : sommiers, reprises en sous-œuvre, ouvertures créées dans des murs porteurs.
Dernière vérification, dans l'autre sens : parcourir les plans pour repérer ce qui est dessiné ou annoté sans aucun poste dans la DPGF. Bouchements de baies, carottages, seuils, chevêtres, regards, gaines : ce sont des ouvrages de petit montant pris un par un, mais leur somme pèse sur un forfait.
Chacun doit être soit rattaché à un poste existant (il est alors compris dans son prix), soit signalé comme manquant. Dans les deux cas, il doit être chiffré quelque part.
Le règlement de consultation prévoit presque toujours une date limite pour poser des questions, et les réponses sont communiquées à tous les candidats. C'est le bon canal : une offre assortie de réserves ou de quantités modifiées sans y être autorisé peut être jugée irrégulière. Selon le RC, le candidat peut parfois corriger les quantités du cadre de DPGF ; dans le doute, demandez-le.
Une bonne question cite ses sources et propose un chiffre : « Le poste 73 compte 30,9 m² de murs en agglos pour la cage d'ascenseur ; le plan de structure donne 9,76 ml sur une hauteur de 4,11 m, soit 40,1 m². Quelle quantité faut-il retenir ? » Elle obtient une réponse exploitable, là où « merci de vérifier les quantités » n'en obtient aucune.
Sur un lot simple de second œuvre, compter une demi-journée. Sur un lot gros œuvre de réhabilitation avec plusieurs centaines de postes, des plans d'état des lieux, de projet et de structure, le contrôle complet prend plusieurs jours, ce qui explique qu'il soit si souvent réduit à une lecture en diagonale.
C'est pour cette raison que nous développons le DPGF contrôleur de REDACT BTP, bientôt disponible : il confronte la DPGF au CCTP et aux plans, quantifie les ouvrages induits en sous-lignes, vérifie les quantités sur les plans d'architecte et les plans techniques, liste les ouvrages sans poste et rédige les questions à la maîtrise d'œuvre. Le résultat est une DPGF contrôlée au format Excel, que vous relisez et chiffrez.
La décomposition du prix global et forfaitaire est le cadre, fourni par la maîtrise d'œuvre, dans lequel l'entreprise détaille son prix forfaitaire poste par poste : désignation, unité, quantité, prix unitaire et montant. Elle permet de comparer les offres, mais le prix remis reste un forfait qui couvre l'ouvrage décrit au dossier.
Le DQE accompagne un marché à prix unitaires : les quantités réellement exécutées sont payées. La DPGF accompagne un marché à prix global et forfaitaire : le prix est fixe, et une erreur de quantité est en principe à la charge de l'entreprise. C'est pourquoi une DPGF doit être contrôlée avant de chiffrer.
C'est un ouvrage que le CCTP inclut dans un article sans lui donner de poste propre dans la DPGF, le plus souvent par la mention « y compris » : chaînages et enduits d'un mur, coffrages d'un arasement, calfeutrements d'une menuiserie. Il doit être quantifié et intégré dans le prix du poste principal.
Cela dépend du règlement de consultation : certains autorisent le candidat à corriger les quantités du cadre, d'autres imposent de le remplir tel quel. Dans le doute, posez la question à la maîtrise d'œuvre pendant la consultation plutôt que d'assortir votre offre de réserves, qui peuvent la rendre irrégulière.